Psychogénéalogie et génosociogramme

04/07/2010
Les enfants sont les symptômes des parents.

[ Françoise Dolto ]

Le choc générateur d’un conflit déclencheur d’un symptôme, peut avoir eu lieu dans une génération précédente. Il s’agira, alors, de prendre en considération cette dimension transgénérationnelle afin de favoriser la guérison. La famille est comme douée d’un inconscient qui tente de trouver un équilibre du clan. Parfois, cela se produira au détriment d’un membre du système, chargé d’expier une « faute », de « reprendre le flambeau », d’honorer la mémoire ou de valider une croyance. Alors, pourra advenir, par exemple, « l’enfant-symptôme », qu’il soit enfant de substitution ou enfant solution – le fils aîné destiné à reprendre les rênes de l’affaire familiale, à la suite de son père…
Certaines maladies « génétiques » ne s’expliquent pas du seul fait que le génome soit une source d’informations transmises. En effet, pourquoi tel gène va s’exprimer chez tel enfant et non chez tel autre pourvu théoriquement d’un patrimoine similaire ?

L’influence de notre lignée sur notre psychisme

Nous venons au monde par nos parents. Nous venons au(x) monde(s) DE nos parents.
En effet, pour faire un enfant, chaque futur parent est sous l’influence de sa vision de la réalité.
Il, comme elle, est chargé des « valises » de sa famille et de ses propres croyances dont certaines sont plus limitatives que d’autres.

L’hérédité  : ce bois dont on fait les (casse-) pipes

On naît dans une famille de bûcherons, de notaires, d’ouvriers et on sera « pharmacien parce que papa ne l’était pas » comme le chante Jacques Brel. Et si l’on vient au monde, c’est bien le monde qui, aussi, vient à soi. Un monde formaté selon les us et coutumes de la famille avec ses blessures (deuils inachevés…), ses aspirations (avoir un fils dans la politique…), ses croyances (une femme doit rester au foyer pour élever les enfants…)

L’héritage, c’est le patrimoine génétique inscrit à la conception dans l’ADN de nos cellules et qui programme l’individu dans sa structure biologique. C’est également la structure de pensée conditionnée par la langue maternelle et la culture de la région où l’on voit le jour. Mais aussi, des valeurs, des croyances qui vont devenir autant de filtres à classifier la réalité, autant de limites potentielles à voir le réel. Les inuits possèdent des dizaines de termes pour désigner la neige, pour qualifier la couleur blanche, parce que cela a une valeur dans leur environnement. Toutes ces nuances de « blanc », ils les voient. En revanche, ils ne possèderaient qu’un terme commun pour les couleurs « vert » et « bleu », plus rares dans leur réalité.

La psychogénéalogie : voir les racines de son arbre pour éviter de s’y prendre les pieds

La psychogénéalogie a surtout été rendue célèbre avec les découvertes de Mme Anne Ancelin Schützenberger (« Aïe, mes aïeux! » éd. Desclée de Brouwer). Cette psychologue française a pu mettre en évidence le syndrome d’anniversaire, l’influence du non-dit et des secrets de famille.
Le génosociogramme – génogramme enrichi des faits marquants de l’histoire familiale – permet de faire apparaître des correspondances entre certains membres de la famille. Les liens qui relient divers éléments de l’arbre peuvent être indiqués par une similitude de prénom, de date, de scénario de vie…

Nous tenons de notre famille aussi bien les idées dont nous vivons
que la maladie dont nous mourrons.

[ Marcel Proust ]
Quand notre inconscient parle pour notre famille

La notion de lapsus, bien connu dans le langage, serait un faux-pas, un manquement, étymologiquement. C’est notre inconscient qui s’exprime. Ce lapsus peut être une action et, pourquoi pas, une attitude que l’on adopte plus ou moins volontairement voire qui s’impose à soi – c’est plus fort que moi, je ne sais pas ce qui m’a pris.
Ces instants pourront nous valoir une remarque du type : Ah, toi, tu es bien comme ton père ! ou tout autre réflexion en référence à nos origines familiales.

Dans certains cas moins bénins, ces forces souterraines – dans nos racines ! – participeront à la répétition de scénarios d’échec, à des angoisses irraisonnées : J’ai bientôt 52 ans, l’âge auquel Maman comme sa mère sont mortes d’un cancer du sein

Et quand on s’entend parler d’une maladie qui serait génétique, on peut plus justement la qualifier d’héréditaire ou de familiale. Avec un patrimoine semblable, ou identique pour des vrais jumeaux, où se situera la différence entre un enfant exprimant la maladie de la famille et les autres qui en seraient épargnés ?

Et lorsqu’il est question d’une malédiction qui s’abattrait sur le clan Untel, il peut s’agir d’un secret, d’un non-dit, de quelque chose qui a été mal dit. Psychothérapeutes et psychanalystes ont pu constater à quel point le non-dit est plus nocif que n’importe quelle vérité exprimée. Ce que l’on persiste à taire, à oublier, fait naître des fantasmes – mot de même racine (!) que fantaisies, mais surtout, fantômes…

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